Dans quelques mois, à l’été 2026, cela fera 100 ans que Howard Philipp Lovecraft a écrit sa nouvelle la plus célèbre : l’Appel de Cthulhu.
Publié deux ans plus tard, ce texte va servir de pivot à une importante partie de l’œuvre de HPL, connue sous le nom de Mythe de Cthulhu. Ce corpus a aujourd’hui une place non négligeable dans la culture populaire, surtout depuis la publication du fameux jeu de rôle éponyme au début des années 80.
Il faut néanmoins savoir que la popularité de HP Lovecraft est beaucoup plus importante en France (et en Europe), qu’aux Etats-Unis. Plusieurs raisons à cela, parmi lesquelles on pourrait citer à la fois l’intérêt des surréalistes pour étrange littérature et une infatigable promotion de la part de l’éditeur controversé Jacques Bergier dans les années 50 qui en assura à la fois les premières traductions mais qui créa par la même occasion un mythe largement faux mais encore tenace autour de Lovecraft : celui d’un auteur aussi fou et misanthrope que ses héros, initié aux sciences occultes et récipiendaire d’un savoir interdit.
Si toutes ces légendes ont été en grande partie contredites et largement documentées depuis quelques années, en particulier grâce au travail titanesque de ST Joshi , il manquait encore jusqu’à il y a peu, une traduction cohérente de l’ensemble des textes.
En effet, pour la plupart des récits, on pouvait seulement trouver les traductions réalisées dans les années 70, par plusieurs traducteurs différents et regroupés dans la seule intégrale publiée au début des années 90 par les éditions Robert Laffont.
Si je vous raconte tout ça, c’est parce que l’hiver dernier, je me suis replongé dans les écrits de Lovecraft, dans une stupéfiante traduction réalisée par David Camus aux éditions Mnémos.
En me plongeant dans cette intégrale superbement éditée, j'ai découvert la véritable profondeur et la subtilité de cet auteur bien trop souvent caricaturé pour ses lourdeurs stylistiques.
Pour le dire simplement : c’est comme si je lisais Lovecraft pour la première fois, sur des textes que je pensais pourtant connaître pour les avoir lus de nombreuses fois depuis plus de trente ans.
Revenons à la musique…
En parallèle de ces lectures, j’ai continué à enregistrer des projets sur le modulaire. Des essais sur des concepts de patchs, des bricolages avec des nouveaux plugins, beaucoup de temps à essayer d’apprivoiser le Xaoc Odessa et des participations occasionnelles aux challenges de la communauté de home-studistes francophone animée par Ivan Cohen.
Quelques éléments ont commencé à émerger de ces sessions, dont l’aboutissement le plus concret a pris la forme d’un étrange morceau dont j’ai détaillé la création dans un article précédent.
Même si, sur le moment, je n’avais pas fait consciemment le lien (pourtant évident a posteriori) entre mes lectures du moment et mon projet musical, il semble que l’inspiration lovecraftienne, portée par la traduction élégante de David Camus, était déjà bien présente.
Petit à petit, je me suis ainsi retrouvé avec une masse conséquente de matière sonore hétérogène mais dans laquelle je devinais une forme de cohérence que je n’arrivais pas à mettre en place.
Le déclic s’est finalement produit après l’interview donnée pour le podcast Ambient Discovery.
Comme je l’ai déjà raconté dans l’article à ce sujet, la discussion avec Le Code au sujet des sonorités agressives générées par les synthétiseurs modulaires m’avait amené à enregistrer un morceau plus atmosphérique, dans l’ambiance des productions du label Mare Nostrum.
Ce morceau, « trop long et trop dark », a, de manière inattendue, été la clé qui a débloqué mes réflexions sur la cohérence que je cherchais, en vain, à donner à mes enregistrements précédents.
Subitement, ce qui me paraissait être une somme hétéroclite de morceaux inachevés sans lien entre eux, m’est apparu comme la base idéale pour un projet plus vaste où chaque titre serait lié à un récit de Lovecraft.
C’est ainsi qu’a émergé un concept-album en 6 parties, qui débute sur les rivages oniriques de Kaddath et qui s’achève dans la noirceur urbaine de la visionnaire nouvelle Nyarlathothep (si vous n’avez qu’un seul texte à lire de Lovecraft…).
Six morceaux, qui puisent leur inspiration dans six textes aux ambiances changeantes. Après les Contrées du Rêve, l’auditeur est emporté dans la mélancolie profonde de L’Etrange Maison Haute dans la Brume, les mystères anciens de la Cité sans Nom, le fantastique de Celui qui Chuchotait dans les Ténèbres ou l’horreur de La Couleur Tombée du Ciel, prélude au final inéluctable décrit dans Nyarlathotep.
Le mastering a été réalisé une nouvelle fois par Adrien Perinot et l’album sortira sur les plateformes le 31 juillet 2026.
100 ans après l’écriture de l’Appel de Cthulhu.
C’est un alignement cosmique qui mérite d’être apprécié à sa juste valeur.
Ajouter un commentaire
Commentaires