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Une nouvelle opportunité à l'horizon

Publié le 22 avril 2026 à 21:31

Lorsqu'une discussion sur les synthétiseurs modulaires au détour d'un podcast débouche sur une nouvelle aventure musicale... 

Du son "agréable" au modulaire ? Quelle idée !

En début d’année, j’ai eu le privilège d’être interviewé par Alexandre de Charrin, alias Le Code, pour son podcast Ambient Discovery.

L'interview est toujours disponible en ligne et c'est au cours de cet échange qu'Alexandre m’a fait remarquer que les sons que je pouvais obtenir étaient étonnamment très loin du blip and blop qu’il associait spontanément aux modulaires eurorack.

Comme il le dit lui-même : "On dirait limite pas que c'est du modulaire".

Manière élégante, s’il en est, de faire référence aux innombrables démonstrations de modulaires présentes sur internet qui, bien souvent, s’apparentent à de la musique concrète hardcore très expérimentale et peu accessible.
Des sons expérimentaux, parfois extrêmes, situés à l'opposé de ce qu'on peut écouter sur son très beau label Mare Nostrum où l'on peut découvrir des productions ambientes ciselées, lumineuses et atmosphériques.

Des Blips et des Blops ? Pas seulement...

Il faut être honnête, la perception d’Alexandre est assez partagée, y compris dans les communautés de musiciens électroniques pour qui le modulaire a rapidement tendance à tomber soit dans la démo « scientifique » de fonctionnalités sonores à l’esthétique discutable soit, à l’inverse, à se contenter de faire sonner des plucks aléatoires dans une grosse reverb devant des plantes vertes. Je caricature un peu... mais pas tant que ça.

Il est clair que comparer frontalement le résultat sonore brut d’un eurorack au moindre preset d’un synthétiseur hardware comme le DMNO de chez UDO ou même logiciel comme Pigment ou Zebra3 (qui coutent une fraction du prix d’un seul module) clot immédiatement le débat en terme d'efficacité dans le sound-design, ne serait-ce que sur le sujet de la complexité polyphonique qui devient très vite cauchemardesque avec un modulaire.

Mais la démarche n’est pas la même.

Derrière les blip and blop ou sous le vernis de facilité d’un patch génératif, ce qui est le plus important, c’est à mon sens, l’intention qui est mise dans l'élaboration du cheminement de tous ces signaux.
C'est cette intention, associée à la capacité d'écouter le synthétiseur comme un instrument vivant qui ouvrent des portes créatives insoupçonnées et mènent aux fameux "Happy Accidents", ces moments de totale surprise qui nourrissent l'inspiration du modulariste.

Comme je le dis souvent, le synthétiseur modulaire est le seul instrument que l’on construit au fur et à mesure de la composition. Et c’est quand « ça sonne pas comme prévu » que la magie créative se met en route, à condition d’être dans un état d’esprit réceptif et conscient de chaque variation.

C’est probablement pour cela que regarder une démo YouTube d’un module n’a que très peu à voir avec ce qu’il est possible de faire, en live, lorsque chaque action sur l’instrument peut modifier subtilement ou drastiquement l’équilibre d’un patch.

Hainbach - First Date with the Syntesla Decahertz - Synthfest France 2026

Tentative de Soundscape Atmosphérique  au modulaire #1 : FAIL. 

Toujours est-il qu’après l’interview, j’ai décidé de prendre quelques heures pour enregistrer un petit morceau, en partant de zéro, avec le synthétiseur entièrement dépatché.
Objectif : obtenir un résultat proche de ce qu’on peut trouver chez Mare Nostrum, qui n’est évidemment pas dans l’esthétique que je pratique habituellement, mais l’idée était de montrer à Alexandre qu’avec un modulaire, on peut arriver à tout ! Et que le blip and blop n'est pas une fatalité !


Il n’y a en effet pas d’instrument plus polyvalent qu'un modulaire.
Le blip and blop ou le Ring into Clouds n'étant finalement que des facettes, peut-être sur-représentées, parmi l'infinité des possibilités.

Toute l’approche du patch a donc été dictée par cette volonté d’arriver à une atmosphère onirique, lumineuse et reposante… Dans le style "Mare Nostrum".

Et si je n'avais pas du tout l'ambition de parvenir à finaliser une production aussi élégante et précise que celles d'Alexandre ou des artistes qu'il produit sur son label, j'espèrais tout du moins parvenir à recréer ce type d'ambiance.

Bon, évidemment, on ne se débarrasse pas comme ça de ses habitudes et je suis loin d’avoir obtenu le résultat escompté !
Le retour d’Alexandre a été sans surprise : « trop long, trop dark ».

Tant pis, mais j'ai été content d'essayer, ne serait-ce que pour le challenge et pour le plaisir d'aborder une esthétique différente.

Cependant, dans sa fort sympathique réponse, Alexandre m’a proposé de tenter une collaboration entre Almost Random et son projet artistique Extremis, plus proche de ce que je lui avait envoyé.

Effectivement, si vous allez écouter des titres comme Dawn ou Shadow on the Sun, on trouve des points communs assez logiques entre nos deux projets.

Impossible de refuser une telle invitation !

A New Opportunity....

Quelques semaines plus tard, je recevais de superbes stems sur lesquels j’ai pu modestement ajouter des sonorités travaillées au modulaire ainsi que des enregistrements radio glanées sur le WebSDR de Twente.

Alexandre a parachevé le mixage et le mastering.

Le résultat s’appelle Moving Horizon et il sortira le 1er mai sur Bandcamp et sur toutes les plateformes.

C’est ma seconde collaboration, après Opportunity, avec The Oxide Project.

En ce qui me concerne, et comme pour la fois précédente, c’est un vrai plaisir de pouvoir concrétiser un morceau avec un autre artiste. D'avoir, en quelque sorte, la possibilité de s’interroger sur la meilleure façon de trouver un équilibre entre deux univers pour que, à la fin, chacun puisse s’y exprimer et trouver sa place.

Un grand merci, donc, à Alexandre, pour m’avoir invité sur son projet.

 

Pour l’anecdote, le morceau enregistré après l’interview n’a pas disparu…
il sera présent, sous une forme plus complexe, dans le second album qui est actuellement en phase finale de mastering chez Projet Home Studio.

Il est effectivement trop dark. Et trop long.

Mais je vous en dirai plus la prochaine fois….

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