Passer au contenu principal

Fragments from the waning world

Publié le 4 août 2026 à 10:50

FRAGMENTS FROM THE WANING WORLD est disponible depuis quelques jours sur les plateformes de streaming et sur le Bandcamp du label Cyclical Dreams
Même si j’ai déjà beaucoup documenté la production un peu particulière de cet album inspiré des nouvelles de H. P. Lovecraft, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion d’un nouvel article post-release, en forme de bilan de production.


Artwork : Amp Puttipong / Cyclical Dreams

Ceux qui suivent un peu le projet ont compris que cet album est un peu sorti de nulle part, par la conjonction heureuse de hasards, de lectures, de rencontres inspirantes mais aussi de l’acceptation permanente de ne pas pouvoir tout contrôler dans un workflow qui ne permet pas de revenir en facilement en arrière.

Il y a certainement de nombreuses choses imparfaites dans cet album, des drones un peu désaccordés, des résonances incongrues ou des rythmes qui glissent… mais c’est, j’en suis persuadé, aussi ce qui fait son intérêt : surprendre l’auditeur, l’emmener sans le perdre dans un imaginaire baroque et inattendu, sans chercher à coller à des tendances sonores.

C’est parfois un peu extrême comme approche, mais la direction est toujours claire : comme pour l’album précédent, c’est à celui qui écoute de se faire sa propre histoire, d’utiliser le paysage sonore pour construire sa propre narration.

Ici, Lovecraft est omniprésent, ou en tout cas je l’espère.
Mais, comme dans ses nouvelles où l’implicite est permanent, l’imagination de l'auditeur doit ici prendre le relais pour finir de peindre le tableau, en utilisant les imperfections, les manques et les trous dans le puzzle.

Contrairement à TIME DOES NOT EXIST, la production de FRAGMENTS FROM THE WANING WORLD a été beaucoup plus fluide : pas de changement de logiciel en cours de route, pas de doutes sur les effets à utiliser, une vision assez claire de la direction artistique dès lors qu’elle a été définie, beaucoup moins de questions sur les choix de tel ou tel enregistrement…
L’expérience acquise sur le premier album a clairement joué pour rendre les choses plus simples car je savais ce que je voulais obtenir et, surtout, comment y parvenir.

Je me suis aussi posé beaucoup moins de questions à partir du moment où j’ai décidé d’utiliser la matière sonore que j’avais à disposition, quitte à énormément la sculpter pour obtenir ce que je voulais.

Conclusion de l'aventure : ne pas hésiter à couper, à jeter, à réutiliser, à exploiter les imperfections voire à broder autour (c'est très intéressant).
Ne pas s'attarder non plus sur des détails insignifiants et, enfin, décider clairement quand une track est terminée.

Adrien Périnot a d'ailleurs écrit un excellent livre sur ce sujet crucial : terminer ses morceaux.

Une tâche rendue ardue par de multiples blocages individuels, qu’il explique en détail dans son ouvrage.

Dans tous les cas, décider qu'un morceau est achevé, qu’il correspond à ce que l’on souhaite et qu’il mérite d’être proposé à l’écoute permet en réalité de « passer à autre chose », de ne pas stagner indéfiniment sur des détails anodins qui détruisent rapidement toute inspiration créative.

Car s’attarder trop longtemps pour essayer d’atteindre une sorte de perfection idéalisée est probablement le meilleur moyen de ne rien publier et, au final, d’accumuler de la frustration.

Donc même si, avec du recul, je me dis que j'aurais dû prendre d’autres décisions artistiques, les six morceaux de FRAGMENTS FROM THE WANING WORLD sont ce qu’ils sont, définitivement, de la même manière que ceux sortis l’an dernier sur le précédent album.

Si je devais les refaire aujourd’hui, ils seraient très différents, surement mixés avec plus de ceci ou moins de cela, structurés autrement, avec d'autres sonorités. Les gouts changent sans cesse, l’expérience s’accumule, l’approche artistique évolue en permanence.

C’est certainement l’élément le plus important que j’ai appris en produisant ces deux albums : viser une track parfaite, pleinement satisfaisante à tous les niveaux, ciselée pendant de longues heures de mixage, est une quête vaine car sans fin.
Les morceaux travaillés pendant des jours et des jours, séquence par séquence, piste par piste finissent par lasser et nous perdre dans d’incessantes modifications, chacune apportant de nouveaux lots de doutes et d’impasses si on n’a pas clairement gardé en tête ce que l’on souhaitait obtenir à l'origine. Et, malheureusement, plus on prend de temps sur un morceau, voire sur un album, plus il est difficile de garder le cap qu'on s'était fixé en commençant le projet.

Pour savoir finir un morceau je crois donc qu’il faut, dès le départ, avoir impérativement une idée précise de ce qu’on veut obtenir et s’y tenir.
Ne jamais chercher à faire plus, mieux, autrement, mais rester fidèle à son objectif initial et, quand il est atteint, oser passer au morceau suivant, même si l'on n'est pas entièrement satisfait. Le principe est probablement d'accepter de s'approcher au maximum de sa cible sans forcément l'atteindre car elle est peut-être juste hors de portée.

Car on fera mieux la prochaine fois, c'est certain.

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.